Le vingtième siècle a été en France comme dans l’ensemble des pays industrialisés, une ère d’abondance. Cette situation s’est développée au fil des décennies, excepté pendant les deux guerres mondiales, favorisant la disparition des grandes maladies de carence qui étaient encore présentes en Europe et en Amérique du Nord dans les années 1900 - et restent encore très présentes dans les pays en voie de développement.
En ce début de troisième millénaire, l'inadéquation des apports alimentaires aux besoins ne peut plus être considérée comme la cause directe des maladies les plus répandues.
Toutefois, les comportements alimentaires et la situation nutritionnelle qui en résulte participent de façon active à leur étiologie.
L’alimentation, cause de pathologies
Dans l’ensemble des pays développés, ce sont désormais les maladies cardio-vasculaires et les cancers qui sont devenus les deux principales causes de mortalité, chacune étant à l’origine de près de 30 % des décès chaque année.
Elles sont également, avec d’autres pathologies très répandues dans les pays industrialisés - telles que le diabète, l’ostéoporose, les troubles immunitaires, la cataracte, les malformations congénitales et l’obésité - responsables d’incapacités aux conséquences multiples sur le plan humain, social et économique.
On sait aujourd’hui que toutes ces maladies sont multifactorielles : des facteurs physiologiques, génétiques, interviennent dans leur déclenchement, leur développement ou leur expression clinique, mais aussi des facteurs plus indirects, dits “ environnementaux ”.
Ainsi, de nombreux arguments suggèrent que le rôle des comportements alimentaires est essentiel, même s’il reste difficile à mesurer avec précision.
En ce qui concerne les cancers, l’alimentation pourrait être mise en cause dans 30 à 40 % des cas chez l’homme et dans 60 % des cas chez la femme.
Il est capital de disposer de tels chiffres qui permettent de diagnostiquer la part importante des facteurs alimentaires dans l’étiologie des maladies chroniques.
En effet, l’alimentation est un domaine dans lequel les possibilités d’intervention sont réelles en termes de santé publique et de prévention.
Grandeur et décadence de certains aliments
En France comme dans l’ensemble des pays industrialisés, les habitudes alimentaires ont beaucoup plus changé au cours des 50 dernières années que pendant tous les siècles précédents.
De nouveaux aliments ont été introduits, d’autres ont quasiment disparu de notre ordinaire.
Ainsi, durant les dernières décennies, la consommation de produits céréaliers, de légumes secs et de féculents a considérablement chuté, même si elle tend à se stabiliser depuis quelques années. Ce phénomène a contribué à réduire les apports en énergie et amidon, mais aussi en fibres et protéines végétales. Dans le même temps, l’augmentation de la consommation de produits sucrés a fait grimper en flèche la contribution des sucres simples dans la ration énergétique.
Autre exemple : la croissance de la part des fruits et des légumes dans notre alimentation a permis d’améliorer l’équilibre nutritionnel et d’augmenter les apports en vitamines et en fibres. Mais depuis peu, on assiste à une réduction de ces mêmes apports.
Toujours pendant la même période, on a vu croître la consommation de viandes, de poissons, d’œufs et de produits laitiers. Conséquence : la part des protéines animales dans l’apport protéique total a augmenté, mais les apports en lipides, particulièrement en lipides saturés, sont eux aussi partis à la hausse.
Mais depuis quelques années, on assiste à une diminution de la consommation de lait sous forme liquide et de viande.
Le bilan nutritionnel
Le bilan des conséquences nutritionnelles de cette évolution des comportements alimentaires est contrasté.
Deux sujets de relative satisfaction :
• une réduction de l’apport énergétique global répond à la diminution des dépenses d’énergie liée aux modifications du mode de vie,
• l’alimentation se diversifie de façon importante, les différents groupes d’aliments sont présents dans la ration journalière.
Quelques points à surveiller, cependant; car la répartition des différents macro nutriments - glucides, lipides et protéines - nécessaires à la couverture des besoins énergétiques se modifie, induisant plusieurs effets :
• la diminution de la part des glucides complexes, l’augmentation de celle des glucides simples;
• l’augmentation de la part des protéines d’origine animale, la diminution de celle des protéines végétales ;
• l’augmentation de la part des lipides, notamment des lipides invisibles et saturés.
Autre point d’alerte : la réduction des apports en micro nutriments - vitamines et minéraux - liée à la baisse globale de apports énergétiques, mais aussi à la structure même de la ration d’aujourd’hui, qui comporte une part de plus en plus importante d’aliments fournissant des calories “ vides ” - autrement dit d’aliments tels que les confiseries et les sodas qui contiennent des sucres simples mais sont dépourvus de micro nutriments.
Enfin, il faut noter une diminution flagrante des apports en fibres alimentaires.
L’évolution observée a donc, indéniablement, un aspect positif : plus variée et plus diversifiée qu’autrefois, l’alimentation contribue mieux à la santé et ses bienfaits se sont, en quelque sorte, démocratisés. La viande et les fruits, réservés au début du siècle dernier aux classes sociales favorisées, sont devenus, comme les autres groupes d’aliments, accessibles à la quasi totalité de la population française.
Mais si les grands problèmes de carence sévère ont disparu, l’évolution de l’alimentation n’est pas sans quelques conséquences négatives.
Manger trop (c’est-à-dire beaucoup plus que ce qui est nécessaire pour couvrir les besoins), ne pas avoir d’activité physique régulière, consommer trop de matière grasse (notamment des aliments riches en acides gras saturés), consommer trop d’alcool et pas assez d’aliments riches en glucides complexes, en fibres, en vitamines et en minéraux, c’est avoir une alimentation déséquilibrée : tout cela accroît le risque de maladies métaboliques ou nutritionnelles, qui peuvent non seulement diminuer l’espérance de vie, mais aussi altérer la santé pendant toute une partie de la vie.
Sources : d’après un texte du Docteur Serge Hercberg, et avec son autorisation.
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Petit lexique des mots utilisés dans cet article
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